Amoureux de la terre
Il n'a pas voulu de cercueil
Rejeta la pierre tombale
Il voulait voir l'envers du monde
les racines
qui portent les fleurs
les insectes qui vagabondent
et le travail de la fourmi
Il respire la vie du monde
Il est heureux
Il me l'a dit
Afghan aux yeux d'aigle
Toi l'Afghan aux yeux d'aigle
Château de cartes à terre
pour un pouvoir en gravats
Peau morte sous les lumières
envolé bas sous les leurres
Diable ou justicier
aliéné ou fou de dieu
pour paradis de carton
Entends
la sonate gémissante
Prie que les tiens
n'en soient pas
la fugue
En écho de demains de sang
Aimer en bleue nuit
Mourir unie à toi qui me donnes la vie
Souvent.
Celle que j'attendais
Celle qui porte l'ombre
d'un espoir incertain de plénitude
Sombre.
Je ne sais pas peut-être
que peu à peu
Tes bras
embrasent la peur séculaire.
L'inconnu s'illumine
La Faucheuse sourit
surprise
D'être comprise.
Il suffit que mes sens
allument le regard
vers la plaine infinie
Au centre de l'oubli.
Images confondues
nous volons vers la nuit.
Viens.
Le bleu nous poursuit.
Aphonie
C'était :
Aube de ciel vide
Erg infini
Vent d'escarbilles
reliquats du silence
Il fallut partir loin pour trouver l'espérance
mettre le cap sur la forêt
ramasser les feuilles blessées
les caresser un peu
et les faire crisser
pour qu'elles parlent
Encore
pour éveiller la sève
aux veines desséchées.
Ce fut très long tu sais
Assassin de mes rêves
Avec des mots métal
qui résonnent parfois comme une scie brisée
tu déchires mes ciels
tu vas ternir mes nuits trop étoilées pour toi.
Tu tranches les ficelles de tous mes dirigeables
Je tombe dans l'aven
au profond des scories
La lumière me fuit
De si bas
de si triste
je ne peux te tuer
toi
l'assassin de mes rêves
Au piano
Tu entends un murmure
les noires pleurent en bémol
et tu pâlis un peu
Fausse note quand tu tremblais
voilà que tu baisses les yeux
La glissade était arpège d'encre
bleue comme crépuscule d'été
Cette fille près du chambranle
a caché son émotion
Elle sait que tu reviendras
La vieille qui hochait la tête ?
sa grand-mère sans doute
Son cœur a battu plus fort
juste comme autrefois
Balancier
Guetter le vent l’amble de lune
Les nouvelles des vies d’hier
S’enchanter des échos lointains
Puisqu’ils racontent nos lumières
Fermer les yeux
Toujours attendre
Guetter l’aurore, heure éphémère
Et lire
enfin
Partir
un peu
Puis retenir
de nos ongles désespérés
ce balancier qui s’égare
Et grince un peu
Près du fauteuil qui sait le temps invulnérable
Berceau d'espérance
L'enfant seul entend sa vie qui s'imprime
dans un sourire
Les mots de son passé
fragiles
tracent son désir neuf
Le bleu de son ciel s'étonne
apprivoise l'ombre
saisit un pétale d'amour
le contemple
l'apprend un peu
sursaute à l'appel de son nom
Range soigneusement le tout
dans un oubli provisoire
Brouillards
A plonger dans l'embu des iris déchirés
A hurler en chinois, en latin ou en grec
pour espérer enfin que sa voix sera claire.
la nuit sale obscurcit les âmes de ce monde
le bleu est poussiéreux à force de brouillard
n'essayez donc jamais d'ouvrir l'œil du cyclope
se tournerait vers vous l'épée de Damoclès.
Entendez votre coeur et ses trois coups d'angoisse
Lui sait bien mieux que vous que l'univers est sourd
qu'il n'entend que le mal qu'il oublie l'espérance
qu'il ne veut que les guerres et leur fardeau si lourd.
Cache-catch
Ma couverture est de sable
Et vous en faites du verre
Je deviens
Transparente
Flottante
Amante
Tremblante
De nudité
Pour me cacher :
Mes paupières agrandies
Vous
Ne
Connaîtrez pas
Mes paysages
Mes voyages
Ne
Lirez pas
Mes images
Mon corps ?
N'est rien Monsieur
C'est un objet bizarre
Etrange mécanique
Livrée à vos hasards
Mes pensées ?
Sont voilées
Derrière mes regards...
Guitares brisées
L'Andalou a détruit son chant
D'une guitare
ne reste que la portée
rêves sans clé
Parallèles des sons surgis d'un mur
inachevés en un triangle
inscrit
sur la feuille vide d'un poème de silence
A l'autre
abandonnée
reste la ficelle pour s'attacher
(ou se pendre)
Seule alternative laissée à sa courbe féminine
puisqu'on ne la caresse plus
son histoire d'amour journal brûlé
s'émiette
Toile de poussière
arrachée de son cour
morte en son incandescence
Silence
d'une corde orpheline
Respiration interrompue
par la flèche implacable.
Ce petit peu de toi
Dans le creux de ta main
Un baiser
Plus léger que l'oiseau
Dans l'étang de tes yeux
Un regard
Plus profond que la mer
Et j'emporte en cadeau
Ce petit peu de toi
Doucement
Dans mon coeur
à l'abri
Pour le prendre demain
Si ce monde trop grand
m'effraie
Je le recueillerai
dans le creux de ma main
Bien au chaud
dans mon poing bien fermé.
Chavirer chaste ?
Juchée sur le machicoulis
Minaude
Miaule un tantinet
Mate-le ce minou belle chatte
Qu'ondule ton pelage
En patte de velours va
Fais la chattemite
Miaule une chanson
danse le tcha-tcha-tcha
Il est câlin le croc de mon malin matou
Va ronronner sous
les petits coussins caressants de ses pattes
Niche-toi
Il le mâchonnera ton pelage ton cou
Mais ne tangue pas trop et feule doucement, chut !
Enchevêtrés au creux de la gouttière.
Prenez garde au roulis
Choisissez de chuter sur la jonchée de feuilles
C'est chouette une nuit chaude au milieu de novembre
Chemin
Puisque la vie est labyrinthe
Puisqu'on se cogne à tous les cris
Puisque ces cris ne sont que plinthe
Au bas des murs qui sont écrits
Puisque nous nous cognons aux rêves
Puisque nos cheveux sont usés
Puisque l'amour est note brève
De nos espoirs désabusés
Pourrai-je couler dans le bief,
Entre les écluses, la mire
Pour enfin rejoindre ton fief
Puisqu'il ne reste que le rire
A nos désirs de spasmes brefs
Contre-fenêtre
Le soleil aujourd'hui a boudé ma fenêtre.
Je force mon regard
et le charme certain de ces arbres noircis
sur ce ciel blanc taché de gris
m'évoque une photographie
J'imagine un rayon
Il me frôle
ouvre une autre fenêtre que vous ne verrez pas
sur ceux qui m'aimaient autre fois
Ils sont dans un décor un peu figé.
Pourtant
reste leur souvenir sous-verre de tendresse
Les rayons aujourd'hui ont boudé ma fenêtre
pour me rendre à ma vie.
Corrida
J'étais dans la foule
Je regardais le taureau
Je souffrais à sa place
Mon regard s'égarait
Quand mon sang a frémi sous les banderilles
Je connaissais le matador
Il me battait tous les soirs
Il arrachait mes jupons de soleil
Et je mourais toujours...
Crainte
Solitude affolée dans l'angoisse qui hurle
en étouffant ses cris
regard démesuré qui cherche la rambarde
un chat pour seul témoin qui miaule à la vie
Enfin cette sirène en soupir d'espérance
Elle ferme les yeux se livre à la souffrance
que regarderont-ils au détour du sommeil
quel bleu ?
celui d'une prunelle ou celui du grand ciel ?
Croisière
Allongé
Un fleuve lit le paysage
La mouette
en accent léger
trace l'histoire d'un nuage
Un bateau
trace un paragraphe
que le temps murmure
Chaque écluse est parenthèse
La vie se baigne dans la paume du soleil
Dans ma musette
Dans ma musette j'ai mis des vers
Et ça grouillait tout au travers
De ma musette toute agitée
Des mots gentils dégringolaient
Tu me suivais tu n'as rien vu
Et tes grands pieds marchaient dessus
Dans ma musette les vers sont morts
Y'avait plus d'air
Toi ! t'es pas fort !
De l'autre côté du miroir
Sont des regards de paradis
Un peu lointains, un peu fouillis
Un peu trop haut pour bien te voir
De l'autre côté du miroir
Les enfants ont grandi trop fort
Leurs mains emprisonnent les tiennes
Leur sourire accroche le tien
De l'autre côté du miroir
Ils ont fui leur terre brûlée
Les jours les avaient écorchés
La frayeur les a éloignés
De l'autre côté du miroir
Je prends plaisir à les rejoindre
A partager leurs jeux d'espoirs
Leurs mots brisés, leurs semblants noirs
Ils m'offrent leurs rêves si vrais
Tremblants, juste un peu trop fragiles
Tain peut-être, de mes miroirs
Et quand je reviens par ici
Je flotte un peu, dans un sourire
J'étais bien avec ceux qui virent
De l'autre côté du miroir !
Dernière feuille
Se balance une feuille ailée sur l'arbre mort
Aux nervures d'espoir qui m'assoiffent sans cesse
Ma main tremble d'attendre une étoile verdie
Ma main tremble et se meurt un peu avant ma vie
J'ai cru que j'atteindrais la sève nourricière
D'un amour d'illusion baume sur mon mystère
Quand je fermais les yeux l'arbre donnait ses fruits
Ses parfums de blancheur apportaient l'opaline
A ma langue pâlie
Le faîte est bien trop haut pour mon bras étendu
Allongé de désir
L'amande est enfermée et n'atteint pas la feuille
En mots d'indifférence en poèmes perdus
Elle m'oublie déjà et je suis disparue
Destruction
Je voudrais être un personnage en traits
Ne pas être en pied
Ne pas être du tout
Je voudrais être une série de mots,
qui au lieu de dessiner une silhouette
l'habilleraient
la protégeraient.
Je voudrais être une histoire invécue
Je voudrais être un cri qui se détacherait de moi
Je voudrais être une autre
Je voudrais être surréelle
Ou immatérielle
Dans l'île du silence où tout se dit,
je voudrais que la gomme efface
lettre par lettre
les non-dits...
Cette porte grande ouverte me fait peur
Cette série de fausses notes va
déchirer les oreilles
éclater les bulles
incendier les maisons
Me laisser droite,
seule,
égarée
Au milieu des décombres.
Deuil
Eveille-toi mon âme
Crie vers l'aube étrangère
Rends-moi l'écho
Rèche toile grise
Cache la tombe
Il fait trop froid
Mes ongles brûlent
Laisse passer la lueur pâle
Ouvre la baie de l'espérance
Le portrait craquelé tremble
Intact
La brise murmure un chant d'amour
rosée de mes soupirs
Mon souvenir
je le baignerai de mes larmes
Drôle de niche
Il habitait en moi depuis toujours
ou presque.
J'avais toujours perçu une présence
sans nom
Un supplément de vie.
Elle me gênait parfois
Un point d'eau qui s'étend sans cesse
Flaque de pluie à rejoindre mes pluies
Je me demande s'il a eu
cette impression d'habiter dans mon ailleurs
Lui
Un jour de soleil pâle ou de lune montante
J'ai reconnu des lignes des traits des hiéroglyphes
Même pas besoin de Copernic : une odeur familière
Je l'ai hélé doucement :
"hé, toi, je te respire. Je veux savoir pourquoi"
Il n'a pas détourné son regard
On apprend à lire maintenant.
Eclipse de mémoire
Estampe figée
reflet tremblant
imprécis dans l'eau pure
rivière trop bleue
trop amoureuse du soleil
Qui s'offre à l'été
s'alanguit
avant de disparaître dans l'ombre des sous-bois
entraîner l'encre diluée
Si je trempe ma main rien ne reste
que la fraîcheur de l'inutile
Le temps coule imperturbable
L'inaccessible n'est pas étoile
j'ai pourtant respiré ses effluves de lait
je le touche parfois du bout de mon regard
il est vivant
se reflète en mon verre brisé
j'y cherche une lueur
blanche
éternelle
j'y vois des mots
Je tire le fil
mais ils glissent
griffent mes doigts crispés
Elle
Ses aubes étaient pâles
Ses routes escarpées
Son souffle était la brise.
Mais son regard si doux
Et son coeur si gracile
Je marchais auprès d'elle.
Elle a lâché ma main de sa main trop fragile
A préféré, un soir,
S'étendre sur la couche d'Hélios,
Et dormir...
Assise sur ma peine
Mon regard trop lointain...
Les cherche !
Puis s'égare
Ecarte l'horizon
Et d'un pas trop pesant
Je continue ma route
Traînant un sac de larmes
Qu'elle avait oublié
Voilà pourquoi sans doute
Dès qu'un récif émerge
Mon pas, mal assuré,
Porte mal mes idées
Je voudrais me noyer dans ce chagrin trop vaste
Cet océan trop grand, pour l'enfant que je fus,
Pour l'enfant que je reste !
Sans avoir rien compris..
Encre humide
Un homme
Presque nu
cils desséchés
doigts trempés de larmes
essayait de tracer une vie sur le tronc d'un platane
L'écorce
récalcitrante
déchirait ses paumes
Au matin sa silhouette épousa la brume.
Fenêtre andalouse
Le soleil se lèvera tard
le mauve traîne à l'horizon
Un esquif
fend la soie d'or pâle de la mer
embarcation sombre qui glisse lentement
presque immobile
...
Mais, où vont ces oiseaux ?
Il reste de la nuit jaspée de roses
quelques lueurs à peine
et ces oiseaux toujours vers Malaga
Où vont-ils ?
...
Respiration
ondulation de l'eau
Tourterelle allongée, l'ivoire enfin paraît
répand l'espace bleu comme des bras ouverts
Hostie de lumière offerte à ce jeudi
...
Fuite toujours de ces formes foncées
figures du fusain fugace des oiseaux
Où vont-ils ? Dis-le moi...
La sente de reflets sur le miroir de l'eau
s'enflamme
a rejoint ma fenêtre
Nulle trace de vert
Certitude pourtant d'un jour tiède à nos corps
Malgré l'hiver encore
Fruit amer
La douce amertume du fruit
descend lentement dans ma gorge sèche
La désaltère
Angoisse douce
Qui m'attache comme un licou
J'aime ce lien un peu coupant
Un peu trop doux
Que personne ne le détache
Ne le dénoue !
Je retiens doucement mon souffle
Papier de soie un peu froissé
Sur le bijou du souvenir
Oh ! la tête me tourne un peu
La vie s'enferme en brume beige
Un carrousel tout en couleurs défile
Eclair fugace
La source du fruit se tarit
La soif me retrouve
Brûle
Enserre
Mon coeur meurtri
Fugace
Au bord de mes cils
un clin de nature
flash liquide
goutte de rosée oubliée
qui scintille dans une seconde
trop pressée d'en finir
se fige parce que c'est l'hiver
La neige écrit à pas feutrés
sa trace et sa fragilité
bris de souvenirs de nuages
Et moi j'essaie avec du bleu
avec du noir
en caractères étrangers
inconnus l'un pour l'autre
d'unir les traits de ton visage
dans le blanc du vide
Je les sens trembler
chargés de soleil tiède
juste en chaleur de paume
Ah s'ils s'inscrivaient dans ma main !
Grise-ris
Griseries
Le bleu se grise
et le soleil se tourne
et le soleil se valse
aux nuages du vent
Le cuivre est gris
On peut naître au tango
On envoûte la vie
au théâtre des eaux
Le vert est blanc
il se couvre de neige
et la neige s'éteint
et le gris se déteint
au rouge du visage
aux perles du regard
qui se perd dans la glace
...
Il est si tard
...
Il est trop tard
la nuit s'avance
...
Fanée
La danse
Hiver d'un arbre
L'eau du regard a noyé les écorces
des nœuds à nu nagent dans un ravin
la glace est rude aride et sans pitié
les tourbillons la brisent un peu plus
le tronc d'ivoire est livré aux couteaux
multipliés, brûlants, qui le déchirent
la sève est bleue qui se durcit au froid
et pourrira l'essence centenaire
qu'un vent lointain oublie de tiédir
Intra muros
Tu ne veux pas que je t'oublie
tu voudrais que je te construise
un minuscule intérieur
Vie
c'est quelle couleur ?
ce sera où
dis dans mon cœur ?
Tu veux être libre
partir
ou que je parte
mais tu veux vivre près de moi
tu ne veux pas de mes sanglots
trop loin de toi.
Tu veux respirer comme avant
ne pas imaginer mes pleurs
cette rivière
mélancolie rongeur de vie
Tu as tant fait pour que je t'aime
ah c'était fleur et puis poème
tu voulais plus
tu voulais près
tu voulais mots sans un secret.
tu demandais et je croyais
Je trouve en moi la maison vide
j'essaie d'accrocher quelques vers
cette musique de ta voix
comment voudrais-tu que l'écho
vienne vers moi ?
Ton absence creuse ce lit
mélancolie
à la rivière
des larmes fières.
Creuse creuse au fond de ma peine
à souffle scène
à comédie
à vrais semblants
Je te le ferai ce cadeau
d'un corridor froid sans tableaux
le feu ne s'allumera pas
tes portraits sans cadre passés
n'égaieront pas les murs nuages
Ne t'en fais pas je serai sage
je serai calme ne serai rien
même pas la patte du chien.
Tu respireras mieux...
Demain
J'ai cru
Je voulais sculpter la lumière
D'une main sûre
Y modeler une serrure
J'ai attendu le crépuscule
L'heure où le soleil est lassé
d'avoir donné tant de clarté
Les mains tendues
j'ai vu l'or pâli sur mes paumes
Et j'ai serré les poings
sur ma capture
Puis comme un enfant
j'ai dormi
Sous mes paupières doucement
la lueur traçait un chemin
Hésitant
Frémissant
Timide
Il blanchissait
et tout au fond
s'étalait un faisceau de rêves
J'ai respiré l'âme du vent
quand elle dort
J'ai cru que l'amour qui est Dieu
C'est en brillant en moi
qu'il tremble
La chaise
Soulever le voile de brume rencontrer des fantômes. Voir la chaise vide, abandonnée par l'être que j'espère. L'être qui a donné un jour un nom à l'attente presque éternelle. Il n'est que le désir ; il l'emplit rien que par son existence. Il est miroir et maison, voyage et sommeil, au creux de mon rêve et au voile du trop loin. Si proche et si inaccessible, si vrai et si illusoire.
Ne regarder plus que cette chaise vide et me décider à m'y asseoir. n'être plus que poésie et vivre enfin, jambes croisées pour abriter le puzzle des bonheurs. Et si la brume laisse passer un soleil trop vif ? Et s'il me faut m'éloigner, retrouver le plat et le vide ? Je vais peut être crier jusqu'à déchirer les nuages ? Ou le bleu, le trop bleu de l'été ? J'attends mon image, l'unité de ma vie la réconciliation de tout. Et si nous cherchions tous cette image ? Cette chaise vide, désespérément ?
Larme amie
Une larme
peut être égarée un matin
Une larme
gelée à force de chagrin
brillait comme une étoile
Chacune de ses branches
éraillait un soupir
qui traçait l'air de l'ombre
Un sanglot c'est un être
un sanglot c'est son âme
qui ne peut s'envoler
Soulevant sa mémoire
fasciné par le vide
Il se voulait aveugle
La glaise des douleurs
accrochée à son ventre
lui demeurait fidèle
Amante de ses nuits
Le blé se meurt
Il l'entend mais si mal.
Il la crie et trop fort
Alors !
Elle s'oublie
elle veut mourir d'elle
elle tend son oreille à déchirer le vent
elle tend son coeur vide
à apprendre à aimer
Elle les rejoint tous et ils ne la voient pas
Alors elle regarde et son regard s'éteint
quand celui qu'elle aimait ne la regarde plus
Quand la mer n'est que vague sans sel et sans reflux
Elle a peur de son corps et de celui qui vit
Elle a peur de sa vie et de tous ceux qui crient
Tout est vide autour d'elle
Les morts ne pleurent plus
lorsque les croix s'effacent
et que le blé se meurt
L'enfant vieux
Avec pour tout bagage
un sac vide
en éclats de regards transparents
Une fiasque de larmes
Un alcool de ciel sombre
Eau de nuit sans étoiles
Un quignon de pain gris
émietté de riens
Avec pour tout chemin
une route brisée
par l'appel du canon
Et pour tout souvenir
le miroir effondré
d'une elle en solitude
Il marchait
tête haute
parce qu'il fallait bien
Vivre.
Les ciels gris
Il faudrait se mettre à aimer les ciels gris
Ils ont peut-être de la peine
Alors ils sanglotent en pluie...
Il faudrait se mettre à bouder le soleil
Il a toujours toute la veine
Alors au paon il est pareil
Ebloui ne voit plus personne...
Mes baisers...
Dès demain aux ciels gris je les donne
Les dimanches
de traîne
Les dimanches de traîne
où l'heure s'éparpille
où bâille une rengaine
Les dimanches si longs
étendent leurs soupirs
en souffles élastiques
en chemins infinis
qui mènent à la nuit
sans ombres inutiles
Les jours longs alanguis
lents de mélancolie
flânent sous nos regards
nos émois endormis
nourris de verres vides
au coin de la sellette
de poésie glanée
au blanc souillé d'un livre
retrouvé par hasard
dans un très vieux fouillis
poussiéreux de mémoires
de souvenirs enfouis
Les dimanches de traîne
il vaudrait mieux dormir
Les poèmes
Faudra-t-il crier
hurler au fou
à la mort annoncée
Ceci :
Les poèmes
Histoires déchiquetées
d'un puzzle pièces
éparses
Il faudrait les rassembler
les ordonner
pour retrouver leur destinée
vraie
nuage oublié en échos
En recouvrir le ciel
Qu'il soit gris ou bleu
qu'importe !
pour les animer
les faire
danser aimer pleurer
rire en bulles de nuages
les enfanter
dans un personnage vibrant
vrai vrombissant même
Vivant
Défi de la vie
Enfin !
le soleil pourrait sourire
de sa brûlure.
Le vieillard
Il est venu
De son enfance jusqu'ici
Il a marché
Longtemps
De pas d'abord petits
Maladroits hésitants
Puis
D'une jambe longue
En ignorant les pierres
Il a franchi
La vie
Le vent
La pluie
La soif
Un jour
son pas tremblait d'un bruit de souvenirs
Les saisons s'empilaient sur le chemin qui monte
Et son coeur s'essoufflait
Il s'assit un moment
Quand il s'est relevé
Son regard s'est troublé
Les pourquoi
surgissaient du creux de sa pensée
Il est venu
De son enfance jusqu'ici
Nous demander réponse
Le vieillard fatigué
Son âme est nue
Comme l'enfant qui naît
L'oiseau beige
Quand échappée de mon sommeil
j'ai entrouvert mes yeux brûlants
un oiseau était dans ma chambre
dans la solitude du vent
Blanc juste teinté d'un peu de beige
Neige juste teintée d'un peu de sable
Ma pupille caressait ses plumes
y déposait un peu de brume
Mon rêve parlait liberté
plaignait ces ailes enfermées
Et l'oiseau se tenait si loin
craignait la chaleur de ma main
Transi, il restait immobile
J'ai regardé vers la fenêtre
j'ai vu les rideaux la voiler
Et d'un pas très lent j'ai marché
j'ai soulevé la mousseline
j'ai ouvert la vitre tout grand
invité l'oiseau à partir
dans le fleuve embaumé du vent
Nous étions tous deux immobiles
peu à peu mon coeur se serrait
Et j'ai pleuré
Lumière bavarde
Te méfies-tu de la lumière
emprisonnée dans la cage des rêves
Toi qui marches les yeux baissés
pour la protéger
Te méfies-tu de la lumière
celle qui se voudrait bavarde
Qui bouscule jusqu'en ta bouche
jusqu'en tes doigts
des barrières de pluie
rosée du sang séché de ta mémoire
Te méfies-tu de la lumière
pour écrire
crier
aux yeux en creux
ignorant
aveuglés
qu'ils te ressemblent
que c'est seulement
parce que toi
tu la secoues ta vie
que les signes tombent
aussi noirs
Lunaires
De l’amour léger
A petites doses des bribes
Amours de pluie parfumées
Un langage différent
Des notes
Musique lente
Soupirs ou sourires
Cette lune comment la croire
Son chemin croît
Décroît pour se perdre peut-être
D’une ronde d’or pâle
Ne reste qu’un croissant.
Tu sais
Ce monde clair
A des odeurs de sève
L’astre est menteur
Ceux qui n’y sont pas
Entrés au moins quelques instants
Ne savent pas
L’initiation est nécessaire
Les rites pourtant sont innés
Tous savaient avant la naissance
Mais tous
Rencontrent l’ange de l’oubli
L’ange aux doigts de satin qui trace
Sur les lèvres
Ce trait qui donne le silence
Parfois la vie capricieuse
T’envoie dans ce Mort-bois.
Dis c’est quoi la folie ?
Dis c’est quoi être comme les autres ?
Qui sont les autres ?
Tu sais l’herbe
Les feuilles
Les pas sur les cailloux
Voilà
Tout est là-bas et moi
Je marche sans savoir
Que mes pieds se posent, pèsent
Je cours quand la pluie lave ma vie
Je danse juste au-dessus
Ne pas fouler l’insecte qui murmure
Regarde les douleurs emmêlées
Les douleurs qui s’aiment, s’enlacent
Ecoute la chorale de leurs plaintes
Les notes sont tracées sur la ligne de vie
Et si
Un jour ils ne s’aimaient plus
Et si
Un jour ils n’avaient plus peur
Seraient-ils vivants ?
Souffrance, amour frayeur,
Battements d’ailes de la vie
Sais-tu qu’il lui a offert la pluie
Cadeau pour laver ses nuits
Effacer ses nuages ses brouillards
Elle se perdait dans les broussailles et restait insouciante
Quelle importance la solitude puisqu’il était là
Dans la boîte de chair qui protège les voix du lointain
La parole ne laisse pas seul
Et quand il est venu
Seules leurs mains
Connaissaient à jamais le langage
Je ne devrais pas vous dire
Je ne devrais pas vous inviter
La lune est dangereuse
Le danger est sa merveille
Aventurez-vous mais
Marchez lentement
Il ne faut pas franchir l’horizon différent
Un orteil posé sur le chemin d’ailleurs
Peut vous faire oublier la réalité
Millénaire
Il est bien vieux mon millénaire
et je n'en connais que la neige
blanche cendre de l'espérance
Toux monotone du moteur
d'un monde aveugle aux lois rouillées
Jouet rongé de l'enfant mille
Neuf Trois fois neuf il voudrait être
les trois zéros d'écus fumants
à l'horizon de son mal être
Sait-il encor l'odeur de l'air ?
Les arbres sont toujours pareils
et les saisons à chaque instant
attendent la nouvelle étoile
La mer est toujours vague en pleurs
et toujours les cris des enfants
résonnent
éternelle crécelle.
La cloche à la barbe du siècle
se tait
Là-bàs comme la biche brame
souffle plus fort
corne d'alarme
le bruit nostalgique du port.
Mousseline
On partage le pain l'amour et la souffrance
Parce que tout est pauvre
Partager le mensonge est une charité
S'évanouir en bulles et ne pas se noyer
Parce qu'attend le sable
Et sa fragilité
Parce qu'il faut l'écluse
Au barrage du rêve
Et de la liberté
Est façon de savoir
Qu'est dans la mousseline
La seule vérité
Naissance
Sinueuse est la voie vers la lumière
éblouissant espoir
l'embryon brise le bulbe
abri d'eau
blancheur aveuglée de sang
Il plonge
entend la vie
Premier soupir
Il
pleure
Noyau
La plume rabote mon coeur
Pour y retrouver une enfance
Sans souvenir et sans odeur,
Un copeau d'or qui se balance.
C'étaient les fruits sans confiture
Et les confitures sans fruit,
Tristesse ennui en démesure
Où ne se mesure la nuit.
L'ennui se traîne et la cassure
La blessure de l'heure enfuie
S'arrache comme une dent dure.
Durent durent les ciels de pluie.
Mon coeur mollit sous la caresse
C'est une caresse emportée,
Avant même que ma jeunesse
Naisse, ait le temps d'être abritée.
En reste un si petit noyau
Nu, tremblant, sans chaleur, caché,
Qui noyé se plaint comme l'eau
D'un ruisselet sans pluie, séché,
Abrite-le dans ta pupille,
Laisse-le piller tes iris.
Il ne faut pas qu'il s'éparpille !
Ton regard est son oasis.
Ombres noires
Au pas cadencé
des ombres marchent
Ces haillons poussiéreux
respirent ta misère
le vent t'apporte les embruns
d'une mer en vague alanguie
son sel ne lave pas le drap déchiré
et tu serres les bras sur ta poitrine fière
Ton frac est chiffonné élimé et vieilli
Laisse la pluie tomber
Laisse battre la porte
Entends le fantôme de tes plaintes
jusqu'au silence
Enfin tu sabreras l'écho
Oublie-moi
Je me traîne
Escargot du profond de la pluie
ma maison perméable
s’étiole en tes réels
en tes désirs plastiques
tes rires de métal
tes mocassins cirés accrochés à l’asphalte
Je me traîne
à tes pieds pour t’entraîner plus haut
m’envoler avec toi
vers les nuages d’ombre pâle
blanche vie transparente
où nous saurions enfin
tendre nos bras vers l’aube
vers une vie première
Petite cuisine de crépuscule
Choisir dans l'arc-en ciel les couleurs sucrées au vert du printemps, le jaune d'un pétale fragile, le violet des cernes d'une belle. En rougir d'émotion, trouver enfin l'orange bleue. Recueillir d'un ongle acéré, mélanger jusqu'à dessiner une aurore boréale. La refléter dans un lac pour l'unir aux images de rameaux d'olivier. Paix nacrée d'un narcisse égaré dans les méandres de son image. Ecouter le chant de la brise émerveillée, se rafraîchir délicatement dans la moiteur de sa rosée à peine tiède. Croquer l'orange avec la peau un peu amère de cette illusion enivrante. Les signes soufflent sur les pages dans un soupir de plaisir à partager. Les mots s'envolent au monde. Rêvent qu'ils sont migrateurs.
Petit noir
Sur la vitre !
les larmes de la vie dessinaient des barreaux
et peut être ?
les pailles de ses yeux
pour boire son chagrin.
Il se laissait tremper de nostalgie extrême
Ses doigts vides
glissaient de la table trop froide
Pourtant libre soudain au centre du pardon
assis, blotti tout contre une autre solitude.
Il oubliait son verre et posa la monnaie
dans l'assiette ébréchée par ses douleurs anciennes
Il était trop lucide et ce café amer
Qu'apporterait bientôt le garçon trop lointain
lui donnait la nausée.
Une brume épaissie bornait le paysage
voilait les fils du vent
les humains disparus.
Ils étaient loin de lui.
Ou c'était lui peut-être qui ne les voulait plus.
Plaine d'ivoire
Donne-moi la plaine d'ivoire
ouvre les volets de sa nuit
Les fenêtres en leur lueur
allumeront des lucioles
reflets de mon coeur endormi
Donne-moi la plaine d'ivoire
j'écumerai mes océans
resteront les vagues d'espoir
sagine douce fleurie blanc
mousse où s'étendre comme un enfant
Donne-moi la plaine d'ivoire
les parchemins restent gravés
des chemins que tu m'as montrés
ces parchemins sont les feuillets
où je balbutie mes syllabes
Donne-moi la plaine d'ivoire
mon souffle s'ouvre pour ses oiseaux
les brumes bleues tissent l'espace
Brise mes barrières de pluie
Baigne-moi du lait de la louve
la louve blanche aux dents de perles
elle s'allonge dans l'étang
Pour s'y parer de ses lumières
Je voudrais m'enivrer comme elle
de l'air de la plaine d'ivoire
Porte ouverte
J'entre dans ton instant
curieuse d'une histoire
encombrée de soleil
et salée d'océan
Ton âme virtuelle
enneigée de lointain
m'apporte des blizzards
pour rafraîchir l'alcool
de mes mythes épars
Je m'enroule de laine
me blottis sous les pierres
j'ai peur de la tempête
et le silence est fier
alors déshabillée
alors enfin offerte
je laisse entrer la vie
Pour ouvrir un printemps
Etre jardinier du silence
souffler sur les œillets secrets de la paupière
Trouver la clé qui ouvre la porte du fond
où mâche un râteau oublié
Dessiner une marelle de violettes
Cueillir des plants de pluie aux nuages des jours
Dessiner le passé des corolles
un arbre paradis pour les ombres de brume
un grand chapeau de paille à mirer le soleil
Réconcilier neige et sable,
Le premier pleur cueilli laissera tomber un pétale
larme arrachée au calice d'un narcisse
Promenade au sommet
Le temps s'offre, étalé sur les cimes
Je traverse la vie et le vent me traverse
J'habite le silence.
Exclamation !
Le soleil jaillit
Devient étoile
Devient Dieu tout à coup
De sa pointe Nord, il saisit l'infini
Le plante au Sud
L'unit à l'immaculé de la neige
Aimants,
ses bras d'Est et d'Ouest illuminent le monde
Je laisse mes pas s'enfoncer.
Mon corps ne fait plus un geste,
fasciné par cette éternité
Un aigle attardé trace un idéogramme furtif
Que traduit-il ?
La montagne s'éteint peu à peu
Rose comme une jeune fille timide
aussi émue que moi
L'ombre l'entraîne vers le bleu
L'absence d'une nuit s'installe
Le coeur de l'âtre m'attend
Mon corps accueille sa chaleur
Un éclat de mon âme reste dehors
Au delà...
Oublie la réalité qui crépite sous mes yeux
Promesse blanche
Il neigeait des pétales
sur une plage blanche aveuglée de soleil
un arbre égaré là pleuvait son espérance
en silence
Seule la mer chantait un souffle de sel blanc
Personne pour l'entendre
Puisque je flânais loin dans une chambre claire
Sous mes paupières vides ondoyait ce tableau
brossé par l'invisible
Une idée noire
vol d'une aile de cygne et d'un papillon d'or
vint poser un augure au ciel du paysage
Tout devint espérance
pourtant
au vert du clair silence
Le fruit était au coeur des prêtres de l'absence
Redevenir matin
Forêt de souvenirs
De tes noirceurs touffues
Où le vent s'était tu
Le chant d'un rossignol a surgi
Pur lointain
Et la rivière en crue a emporté le sable
A entraîné les mots
En crissants tourbillons
Jusqu'une plage blanche
Où attendait
La nacre caressée de soleil
Un coquillage bleu s'est tourné vers le vent
Pour avaler le chant
Devenu un orchestre
De sable et d'eau
Je me suis allongée
Une mort
Douce et tendre
Caressait mes cheveux
Et je voulais attendre
Quoi ?
Bercée par les vagues...
La pluie en contretemps
A emporté la mort, noyé la douce image
D'un oiseau irréel
En gammes descendues
D'un oiseau oublié
Aux plumes envolées
J'ai eu froid avec lui
Pourtant je n'ai pas fui
Il faudra bien demain
Redevenir matin.
Rencontre à travers mots
Une chemise,
soulevée par un soupir qui déborde.
Quelques mots insoumis,
silence arraché à son secret.
Un éblouissement,
qui trébuche sur une erreur,
un bégaiement soudain.
Il en sort quelques notes,
résonance plus fidèle,
miroir où se reflète
une vérité presque nue, impudique,
flagrance à traverser tous les parchemins.
Une évidence folle, démesurée,
noircit le papier
à force de clarté aveuglante, agressive.
Le langage est décalé,
contraire à force d'exactitude.
Il provoque, insidieux,
pénètre dans les échos reculés,
dans la profondeur de l'autre...
Frémissement,
vibration de cordes profondes.
Un autre soupir, en face, vient de répondre.
Soir d'été
La plage s'ensommeille
A travers mes paupières
un livre blanc s'entrouvre au crépuscule
espère à l'encre de la nuit
bue à la pointe des étoiles
pour dessiner le chant de l'aube
aile d'ardoise sur la lune
Soupir fané
Dans un grenier
Enfouie sous des tableaux jaunis
Une boîte écrasée émet un son étrange
Brise, porte qui grince, bruits étouffés
L'écho s'essouffle
Non loin de là, rêves épars
Des photos pâles endormies
Arrive une fillette à la vue curieuse
Et ses petites mains
se couvrent de poussière
Pour saisir une image
Un regard de grand-mère
Elle repense au roman d'hier soir
rêveuse
Souffle sur les cartons
chasse les araignées
Se raconte un roman
fait de fleurs oubliées
Assise
Au beau milieu de ce fouillis de vies
Elle aperçoit la boîte
Entend la monodie
son coeur bat la cadence
Roulement de tambour
dans ce presque silence
Du couvercle soudain
s'échappe un air glacé
Soupir de quelque aïeul
Une âme délivrée
Entrouvre son linceul
S'échappe vers les anges
Source
Je mendie l'eau fraîche
aux sources du pardon
pour tous les innocents
et leurs fautes premières
j'aspire la rosée
à la roche entrouverte
je demande un enfant
pour reprendre la route
ses pas mal assurés
nous uniront sans doute
la soif du cœur à cœur
l'eau coule lentement
altérés certains jours
nous boirons jusqu'aux larmes
l'enfant ne fera rien
que d'aimer mes regards.
Nous irons vers la mer
Traces sans fin
D'un livre à lire, à corner ses pages nourries de musiques et de souffrances, il veut tenter de naître, rampant en traces noires et souples de son crayon. Insinuant ses traits vers les cicatrices, les échos, arrachant un fil de sanguine, gravant sa trace, sa bave d'escargot. Montrer un chemin possible. La page regarde et boit l'errance pour tenter de relier le livre d'heures.
Deux mots, comme une clé trouvée au secret du poème, secret dans le ruisseau. ont ouvert le caillou de lune, libéré son filet liquide. Il s'élance de trace en trace, aperçoit enfin une lueur sous la feuille noircie, la définit comme horizon, la voudrait vierge de poussière. Il glisse sur un champ de signes saisit enfin l'histoire pour que le mot "fin" n'ait plus d'importance.
Traces sur la neige
La neige va, câline le prochain pétale
La pluie s'est faite blanche en mieux de pureté.
La musique soupire, en volupté s'étale
Nous prépare un point d'orgue, un air de liberté.
La vie ? c'est pas à pas, c'est des oh ! de surprise
suspendus aux nuages, accrochés au croissant
d'une nuit sensuelle étonnée, un peu grise
et les veines du marbre ont réchauffé leur sang.
J'attends toujours demain que s'étende la laine
Je guette le sourire et les regards fondus.
La rose en grand secret protège son haleine
sa racine frémit tous bourgeons confondus
Mes quelques pas vers toi dans la neige ont tracé
les creux de mon empreinte en désir de rayon
que je voudrais aria chantée par un violon.
Que je voudrais chaleur pour un cœur exaucé
Traits de Venise
Irréalités en pastel
Des oiseaux bleus ouvrent leurs ailes
champignons blancs
Mozart peut-être
qui aime un petit page
et qui trace sur un nuage
des arpèges de neige...
Tout est dans cette main de pierre
que de baisers furtifs dans son mystère
La lune aussi descend ici
quand un bateau s'enflamme en coucher de soleil
Et savez-vous
que le glissement des gondoles
est aussi silencieux que le brouillard ?
Tu
Dans mon terrain vague
tu posais ta main
Trace de sable
grain
prêt à boire l'encre au matin
D'un regard d'étang
tu versais la lumière
sur les cailloux de mon chemin
C'était le premier jour
Enfin
celui qui balayait les autres
les trop gris
les trop incertains
Je m'accrochais à tes départs
j'en faisais des piliers de brise
pour y tendre des murs de tain
t'emprisonner dans mes miroirs
à tout toujours à jamais rien.
Un jour comme ça
C'était un jeudi aux yeux tristes.
Une maison volets baissés
rideaux en berne
Une porte
bien mal fermée
sur un souvenir éloigné
claquait.
Pas à pas de regrets
en mesure
En démesure
et sans arrêt
C'était un jeudi yeux mouillés
de ciel sombre si bas pour elle
l'aile ténue.
Jamais elle n'élèverait là-haut
l'aube hésitante
pantelante
entre nuit et soleil perdu
Je dis c'était ce jeudi là
c'est conjugué
C'est l'imparfait
passé si simple
qui fait rêver
vivre l'instant dans un poème
Un vieux jeudi au subjectif
vécu hier
le mois dernier
Il ne pleut plus
Je dis c'était
et pourtant c'est
ou ce sera
Car c'est demain ce jeudi-là
Un jeudi d'amour en vacances
sans toi
Un seul baiser
Qu'on me donne juste quelques plumes
et je ferai une aile pour embrasser le ciel
Car je suis astrologue et un peu hors du temps
Pourtant !...
Je vois souvent le bleu il me cache les astres
Mais j'aime son espace il emporte l'écho
Mes doigts sont attachés à la sphère
au cristal évidé silence de lumière
Qu'on me fasse taire et qu'on laisse envoler
ma bouche de mensonges juste pour ce baiser
au monde.
Vague en deuil
Un cargo sur la mer
Des vagues qui resserrent
L'hémorragie fatale
De son ventre d'enfer
D'un garrot sans pardon
Des plaintes qui clapotent
Un requiem de notes
Une baleine chante
A la mort, qui la hante
Le pétrole la prend
Dans un couloir gluant
Pendant qu'un goéland
Oublie qu'il était blanc
Bat d'une aile et s'étend
Sur la plage endeuillée
Tout de noir habillé
Par son sable souillé
Voeux
D'une aurore de neige
D'une douceur de fleurs
Je dessine un arpège
De voeux et de bonheurs.
Un instant, d'un envol
De mes pensées vers vous,
Prend racine du sol
Pour vous souhaiter... tout !